Accueil du site

Retour au sommaire

Livre d'or

Les liens

 

 

I Santi

Saint Alexandre Sauli

Sant' Antone de Padoue

Saint Antoine

Sainte Devote

Saint Erasme

Santa Ghjulia

Saint Pancrace

Sainte Restitude

San Roccu

San Teofilu di Corti

La vierge des sept douleurs

 

L'annuaire de sites corses

 

Saint Roch
San Roccu

Tous les saints ne peuvent figurer au calendrier; c'est le cas de saint Roch dont la fête, le 16 août, est célébrée dans toute la chrétienté depuis le XVéme siècle.

Né à Montpellier en 1295, saint Roch voua toute son existence au soulagement des pestiférés. Il fut un jour contaminé et se retira dans un lieu solitaire pour succomber à son mal. Mais un chien le trouva, lécha ses plaies et lui apporta du pain. Le maître de l'animal découvrit peu après l'existence du saint, et l'emmena chez lui pour le guérir. Plus tard, il mourut en prison, non reconnu des siens et pris pour un espion. Son culte se développa au XVéme siècle.

On représente généralement san Roccu découvrant sa jambe pour montrer le bubon de la peste qu'il a contracté, un chien à ses côtés.

En Corse où les épidémies de peste firent tant de ravages, san Roccu fut naturellement choisi comme saint protecteur de ce fléau auquel il consacra sa vie et survécut.

A Bunifaziu, on lui bâtit une chapelle sur les lieux où succomba la dernière victime de la terrible peste de 1528. Depuis lors et aujourd'hui encore, on célèbre sa fête chaque année, le 16 août.

Autrefois, à l'issue de l'office, les Bunifazinchi organisaient pour leurs enfants un repas appelé la mirenda di San Roccu. Ce repas pris en plein air sur le Campo Romanello s'est transformé depuis un demi-siècle en un repas familial pris à l'ermitage de la Trinité, à la Tonnara ou encore à Santa Manza. C'est ainsi que les coutumes évoluent...


Les Aiaccini (Ajacciens) ont eux aussi en leur temps invoqué san Roccu et ont bénéficié de sa sainte protection.

Les Selle Navi, ces sept petits îlots qui ferment au sud le golfe d'Aiacciu, en restent les témoins. On raconte en effet qu'à une époque reculée, sept galères barbaresques chargées de pestiférés voulurent accoster à Aiacciu. On invoqua saint Roch en se rendant au bord de la mer, en procession; là, on vit le saint s'agenouiller et d'un geste, pétrifier les sept galères...

De nombreuses confréries se placèrent sous la protection de san Roccu. Celle d'Aiacciu comptait 800 matelots en 1772! Cette confrérie dite de Saint-Roch et Saint-Sébastien fut fondée en 1600. Son costume se compose d'une robe et d'un capuchon verts, d'un chaperon noir avec coquille sur le côté gauche et une croix à droite.
La confrérie bastiaise fut fondée par deux garçons en 1588 et rassembla rapidement de nombreux adeptes, vêtus de bleu.
La procession d'Aiacciu en l'honneur de san Roccu fut suspendue de 1900 à 1904 pour des questions de rivalités; les membres des deux paroisses qui lui sont consacrées refusèrent de se céder l'honneur de porter la statue du saint qui, vêtu de bure, tenant une palme à la main, et debout sur ses fameux rochers, resta pendant ces années-là confiné dans son église!


En 1905, Jean Lorrain, de passage à Aiacciu ne manqua pas d'être impressionné par la procession faite en l'honneur de saint Roch, le 16 août : «Précédé d'une fanfare, un long Christ de grandeur humaine apparaît et oscille au-dessus de la foule à l'angle du Cours. Enluminé et peint de plaies saignantes, il s'avance, érigé très haut par un porteur en froc violet ;des guirlandes de fleurs et des banderoles violettes l'encadrent. Une confrérie de pénitents violets l'escorte " suivent des groupes de femmes en noir, encapuchonnées à la mode corse, et des hommes en complet de velours " puis un autre Christ enguirlandé, lui, de banderoles et de fleurs rouges, (la confrérie qui l'entoure est vêtue de frocs écarlates), et la procession continue, et un troisième Christ apparaît, tenu très haut par un porteur et suivi d'une confrérie à ses couleurs, et voici un autre Christ et un autre Christ encore. (...) Un concours de peuple entoure une statuette du saint portée sur les épaules d'un groupe de brancardiers.
C 'est une figurine de moine en robe de bure qui, une palme à la main, semble bénir, debout sur un amas de rochers. Une dizaine d'hommes - des gars musclés aux yeux aigus et noirs dans des faces de hâle - se disputent l'honneur de le porter, et aux fortes encolures, aux cheveux drus et plantés bas sur le front, j'en fais des mathurins, des hommes de mer. Des vieux chenus prêtent aussi leurs épaules au brancard, mais c'est surtout une jeunesse ardente qui se dresse autour de la statuette du saint. »


San Roccu ne fut pas seulement protecteur de la peste; on l'invoquait aussi contre les épizooties en tout genre. Chaque année, le jour de la fête, le curé procédait à la bénédiction des troupeaux massés à l'entrée du village ou rassemblés sur la place de l'église: à Zilia, c'étaient les cochons, à Lumio et Calvi, les ânes, etc. Dans le canton d'Aiacciu, le curé se rendait lui-même dans les bergeries pour bénir les moutons. Ces bénédictions collectives de la San Roccu sont moins répandues qu'elles ne l'étaient hier. Quoi qu'il en soit, à Corti, à Bastia, et dans de nombreux villages, on continue de préparer les fameux sarruchini, ces petits pains bénits à l'office du jour et distribués à la sortie de l'église. Autrefois, on les conservait à la maison pour les donner à manger aux malades, qu'ils fussent hommes ou bêtes, victimes d'épidémies diverses.

A Ghjunchetu (Giunchetto) par contre, les bergers distribuaient tous ces petits pains au bétail, le jour de la San Roccu. Lorsqu'un troupeau était atteint d'un mal contagieux, les bergers du Coscione se rendaient à Zicavu pour aller prendre la clef de l'oratoire de Saint-Roch. Jetée au milieu du troupeau, la clef passait pour éloigner la maladie. A Munticellu, après les bénédictions d'usage, on mangeait traditionnellement a minestra di ceci : le potage de pois chiches.