Saint Antoine

Les autorités ecclésiastiques ont subtilisé de notre calendrier saint Antoine le Grand pour y placer sainte Roseline! Sans doute était-il trop populaire à leurs yeux et décidèrent-elles de le retirer de la circulation pour le faire oublier.
C'est partiellement chose faite.
En Corse, il nous reste pourtant les dictons et notre mémoire des fêtes que ce grand saint protecteur et guérisseur suscita pendant des siècles à travers le pays.
Né vers 251 en Haute-Egypte, saint Antoine le Grand se retira dans le désert où il fut assailli par les fameuses tentations auxquelles il sut résister. Lorsqu'il rendit visite à saint Paul Ermite, un corbeau apporta une double ration de pain. Avec l'aide de deux lions, il enterra plus tard son compagnon.
On raconte encore qu'il vint miraculeusement à Barcelone pour exorciser la femme et les enfants du roi de Catalogne qui étaient possédés du démon.
Il guérit un jour le petit malformé d'une truie par un simple signe de croix.
Les éléments hagiographiques foisonnent pour éclairer l'origine du très grand nombre de dévotions que le peuple faisait à ce saint chaque année, le 17 janvier. Représenté avec la robe à capuchon des moines de son ordre, un cochon à ses pieds, saint Antoine le Grand perdit un peu de sa popularité au XVéme siècle où une confusion commença à s'établir avec saint Antoine de Padoue, fêté le 13 juin.
L'Ordre des Antonins, fondé au XIéme siècle, est un Ordre hospitalier que l'on appelait en Corse: Sant' Antone di l'Alloghju. A l'origine, pour entretenir leurs commanderies et hôpitaux, les Antonins faisaient l'élevage de porcs.
Au XVIIéme siècle en Corse, les couvents de moines hospitaliers étaient actifs. L'un d'entre eux, situé au col de Saint-Antoine et aujourd'hui en ruine, offrait l'hospitalité à ceux qui venaient la demander. A la même époque, le monacu (moine) de la maison proche des ruines de la chapelle jadis dédiée à saint Antoine, dans la plaine de Campuloru, était connu de tous. Allant quêter de porte en porte à travers villages et pievi, il préparait chaque année, pour le 17 janvier, une grande quantité de pains qu'il distribuait aux nombreux pèlerins venus faire leurs dévotions à saint Antoine. Ces pains avaient, dit-on, le pouvoir de guérir hommes et bêtes des maux de gorge. Il avait en outre la vertu de préserver le grain de la putrighjne (pourriture).
A San Lurenzu (San Lorenzo), saint Antoine était appelé: Sant' Antone di u porcu (Saint Antoine du Porc). En effet, saint Antoine était le grand protecteur de la race porcine en Corse.
Le jour de sa fête, le curé procédait à la bénédiction des troupeaux. A ce sujet comme à propos de sa spécialité de guérir les enfants dont il était également le protecteur, saint Antoine le Grand fut progressivement supplanté à partir du XVéme siècle par son homonyme saint Antoine de Padoue. On reporta les processions et bénédictions pastorales à la Saint-Antoine d'été du 13 juin... ainsi le culte de saint Antoine de Padoue bénéficia des spécialités du Saint Abbé quelque peu oublié dans son triste mois de janvier. Saint Antoine le Grand a donné son nom à l'ergotisme gangreneux, et plus tard, au zona. D'une manière populaire, on appelle cette maladie : le feu' de Saint-Antoine. Lorsque les Corses invoquaient le saint plus spécifiquement pour ce mal, ils l'appelaient Sant' Antone di u focu.
Tous les villages possédaient naguère leur confrérie et nombreuses d'entre elles s'étaient placées sous la protection de saint Antoine abbé. Ainsi, celle de Calinzana faisait ses dévotions dans l'oratoire Santa-Croce. Sa vocation était placée lsous le signe de la charité et de la solidarité. Au XVIIéme siècle, ses membres furent investis de la mission de paceru pour réconcilier des ennemis. Enfin, en cas de disette, ils prêtaient le grain de semence aux plus démunis.
Aujourd'hui, la fête de Saint-Antoine, le 17 janvier, fait encore l'objet de processions dans certains villages corses dont il est le patron, elle attire aussi des fervents pèlerins dans les nombreux oratoires qui lui sont dédiés au pays.
Si l'on connaît la réputation des oranges d'Aregnu, rien ne vaut celles que le curé bénit chaque année, le 17 janvier. Elles ont la réputation de se conserver fort longtemps. Toute la population des villages voisins se joint aux Arigninchi pour participer à la procession du jour : après la messe, on porte la statue du saint toute décorée de bouquets de fleurs d'oranger, à travers les ruelles du village. Et puis on raconte aux nouveaux venus comment les oranges de saint Antoine, un jour, évitèrent miraculeusement une catastrophe: alors qu'on était en train de fondre du bronze pour réparer une cloche, la voûte du four se fendit. On apporta des oranges bénites qui, placées à l'entrée du four, arrêtèrent aussitôt la menace d'effondrement.