I canti corsi, c'était les chants qu'on entendait au bistro, à l'église ou sur la place.
C'était bien avant les radios libres, à la maison on écoutait les 33 et 45 tours sur un tourne disque, le son n'était pas parfait mais mon enfance et ma jeunesse furent bercées par ces mélodies et ces joyeuses ritournelles. Ils avaient pour nom : charles rocchi, régina et bruno, Maryse Nicolai , Jacques Argenti... etc.
J'étais encore en retard ce matin là ! Dans la cuisine, je préparais à la hâte mon petit déjeuner pendant que mon père écoutait déjà des chants de chez nous.
La chanson corse faisait parti de notre univers familier je n'y prêtais pas attention... je continuais à vaquer à mes occupations.
J'entendis une musique et des paroles dont l'association si nouvelle pour moi, me firent émerger de mon silence intérieur. Je retrouvais les accords et les sonorites bien de chez nous
Une émotion m'envahit, provoquée par cette création musicale unique en ces temps là, ce chant mêlait des rythmes modernes à nos chants traditionnels.
J'hésitais..
je regardais mon père... il était accoudé à la table de la cuisine, le transistor collé contre son oreille.
je m'approchais ...
... doucement, pour ne pas troubler l'instant, je demandais :
- quale hè ?
A voix basse, mon père répondit fièrement :
- so i zitelli
I zitelli, c'était I Muvrini que j'entendais pour la première fois, sur les ondes nationales !
Ce matin là, une page se tournait, notre culture s'ouvrait au monde, au modernisme, parce que chaque génération apporte toujours son empreinte aux traditions.
Ce matin là j'étais loin d'imaginer que ce groupe Corse allait un jour emporter un peu de notre terre des semelles de leurs chaussures, jusqu'au bout du monde.