









Retrouvez les 230 femmes du convoi du 24 JANVIER 1943
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Danielle Casanova de la Santé à romainville
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Des murs nus, des bancs tout autour de la pièce, des fenêtres grillagées et armées de barreaux épais, une paillasse mince et noire de crasse, une table.
Dehors, c'est la cour de la P.P, (la préfecture de police de Paris). Des flics sont , assis sur les bancs.
Derrière la table, un autre policier va commencer l'interrogatoire.
Danielle, a refusé de décliner son identité, a été transférée dans les locaux de la BS, la Brigade spéciale, au deuxième étage de la Préfecture de Police. On l'a fouillée à corps. Elle a été photographiée, de face et de profil. On a pris ses empreintes digitales, deux fois celles de chaque doigt de chaque main. Sa fausse carte d'identité n'a pas tenu le coup bien longtemps.
Le séjour au « Dépôt» de la PP. va durer jusqu'au 23 mars. Danielle ne perd pas courage. Elle parvient à faire sortir quelques lettres que recevra sa mère. Elles étaient' dissimulées dans le linge sale qui était remis à « Tante Célestine », - Célestine Garnier - la tante de Victor Michaux, qui se faisait passer pour la tante de Danielle.
Danielle reste ainsi au Dépôt jusqu'au 23 mars. Elle y a retrouvé sa très chère amie Mai Politzer (marie Politzer, épouse de Georges), parmi bien d'autres, Marie-Claude Vaillant-Couturier qui restera sa très proche compagne jusqu'à sa mort.
Marie Claude Vaillant-Couturier avait été arrêtée le 9 février 1942 dans des circonstances assez singulières, qui permirent à ses camarades de disposer à temps les « coupe-feu» interdisant aux policiers de «remonter » au-delà de sa personne (à condition qu'elle se tût, ce qui fut le cas).
Le 9 février donc, Marie-Claude avait rendez-vous avec A. Dallidet. Mais après un rendez-vous à Sully-Morland, elle avait le temps de se rendre chez une vieille camarade habitant le quartier des Halles et qui avait accepté de passer pour la tante de Jeanne Dessard, en prison à Rennes (on sait que c'est sous ce nom qu'avait été arrêtée Mounette Dutilleul). Marie-Claude voulait lui remettre une livre de beurre à envoyer à la prison de Rennes. Au lieu de la vieille camarade, c'est un inspecteur qui lui a ouvert la porte. Elle était élégante, faisait très « bourgeoise ». Elle portait ce jour-là un manteau de mouton doré et une capuche brune doublée de bleu clair. (Lorsque Marie-Claude m'a donné ces précisions, ni elle ni moi ne connaissions encore le rapport policier où ces vêtements sont décrits, portés par la « femme Vincennes ». L'inspecteur s'est excusé auprès d'elle de devoir la conduire à la préfecture de police pour une vérification d'identité, comme toute personne se présentant chez cette « terroriste ». En cours de route, elle réussit à se débarrasser de la carte de matières grasses qu'elle avait dans sa poche. Un tampon y indiquait le nom et l'adresse du crémier auprès duquel elle se fournissait. Cette seule indication aurait permis à la police de savoir dans quel quartier elle habitait. Or c'est ce qu'elle voulait éviter à tout prix.
A la préfecture, en entrant dans le bureau de l'inspecteur Picard, celui qui accompagnait Marie-Claude a annoncé:
«Malheureusement, ce n'est toujours pas Clairette », l'un des pseudonymes de Marie-Claude. Elle avait une vraie carte d'identité au nom de Marie-Claude Couturier.
Il n'a pas fallu dix minutes pour, découvrir qu'elle était la fille de Lucien Vogel, émigré aux Etats-Unis, et la veuve de Paul Vaillant-Couturier. Mais les policiers voulaient son adresse. Elle déclara qu'elle habitait chez des amis personnels auxquels elle ne voulait causer aucun ennui. On la garda dans les bureaux des Brigades spéciales. La presse parisienne du 12 publia sa photo assortie du texte suivant: « Qui connaît cette personne? Une femme dont la photographie est reproduite ci-dessus a été trouvée errante dans Paris, frappée d'amnésie. Prière à toute personne pouvant fournir des renseignements la concernant de s'adresser d'urgence à la préfecture de police (direction de la police municipale, état- major).
Cette ruse assez grossière échoua. Personne ne s'adressa à la PP. Les camarades de Marie-Claude, en revanche, étaient avertis. Six jours plus tard, cependant, les Politzer et D. Casanova sont arrêtés. Le 15, André Pican (l'un des principaux responsables des éditions communistes) et sa femme le sont à leur tour. Le 17, Jacques Decour tombe entre les mains de la police, le 23, Madeleine Laffitte, le 28, Arthur Dallidet, le 2 mars, Hélène Langevin, épouse de Jacques Solomon... et ce n'était pas fini.
Marie-Claude ne va pas tarder à être démasquée. Un jour, un flic qui l'avait filée au bois de Vincennes où elle venait d'avoir un rendez-vous avec « Victor » et qui avait perdu sa trace, la reconnaît dans un couloir de la PP et lui lit le procès-verbal de filature. Dès lors, la police sait qu'elle tient un gros gibier et son affaire est jointe à celle de Danielle Casanova. Pendant les huit jours que Marie-Claude a passés dans les bureaux de la préfecture avant d'être envoyée au dépôt, l'inspecteur Picard lui a déclaré:
« Il y en a pour quatre ans; ce sont les Américains qui gagneront, mais de toutes façons ils auront besoin de nous contre vous, les communistes ».
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La prison de la santé : le 23 mars 1942
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Le 23 mars, les prisonniers quittent donc le Dépôt pour la prison de la Santé. Marie-Claude est internée, en isolement, à la 1ère, puis à la 2e division.
Danielle à la 4e, avec plusieurs de ses compagnes. Elles y resteront cinq mois et demi, souffrant de la faim et surtout de la terrible présence de la mort.
Le 23 mai :
- Marcel Engros
- Jacques Solomon
- Jean-Claude Baver
- Georges Dudach
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Georges Politzer
- Claude Gaulue
- André Pican
sont arrachés à leurs cellules pour être fusillés.
Le 30 mai, c'est au tour
d'Arthur Dallidet,
de Félix Cadras,
de Jacques Decour (de son vrai nom Daniel Decourdemanche),
de Louis Salomon-Weiler.
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Le soir, Rose blanc (lien ) chantait pour apaiser tous ces hommes, tous ces enfants qui avaient faim, qui avaient mal, et qui savaient qu'ils allaient mourir.
Fort de Romainville : 24 aout 1942 :
Le 9 juin 1942, tout le groupe des femmes est emmené Rue des Saussaies pour interrogatoire par la Gestapo. C'est Rue de Saussaies que le commissaire David, chef de la BS1 a son bureau où il collabore en permanence avec les Allemands. C'est sans doute en accord avec lui - et ses supérieurs vichystes - que la décision est prise de faire des prisonnières des otages qui seront internées au Fort de Romainville, dans la proche banlieue parisienne. Danielle et ses camarades y arrivent donc le 24 août. Depuis mars, personne à l'extérieur n'a plus eu de leurs nouvelles.
Romainville, c'est un pénitencier, mais c'est différent - dans une certaine mesure - de la prison. Les contacts entre prisonniers, malgré les interdictions, y sont moins difficiles. Il était possible d'y mettre sur pied une certaine organisation, clandestine, certes, mais collective, Danielle en fut l'âme.
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Voici une lettre que Danielle Casanova a réussi à faire sortir de Romainville et qui a été conservée.
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En voici le texte: |
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Lundi 14 septembre 1942, Romainville.
Enfin me voici sur une piste qui me permettra d'avoir de vos nouvelles, après vous en avoir remis des miennes, ainsi que de celles de la maman du petit Michel et de Marie-Claude, qui sont avec moi. Nous avons quitté la Santé il y a exactement trois semaines, sans avoir été jugées. Sommes-nous ici pour longtemps ou simplement pour quelques jours? Nous n'en savons rien. En tout cas, ce dont nous nous doutons, c'est que nous serons soit déportées en Allemagne, soit gardées ici commes otages. Après avoir été séparées d'avec nos amies pendant le séjour à la Santé, nous avons été très heureuses de nous retrouver, bien changées cependant. L'autre jour, Marie-Claude s'est évanouie de faim, et la maman de Michel souffre de son foie. Pour moi, j'ai maigri à un point qui a fait la stupéfaction de toutes les internées lors de notre transfert au fort de Romainville, où nous nous trouvons.
Le régime de la Santé était des plus odieux secret, discipline de fer, ou plutôt brimades et traitements inhumains. Maï Monique et moi, nous avons fait du cachot pas nourries de quatre jours, couchées sur le plancher, pas de couvertures ni de manteaux, et cela pendant huit jours consécutifs " depuis que nous sommes ici, nous continuons à souffrir terriblement de la faim, et nous en sommes réduites à manger les trognons de choux jetés à la poubelle et les épluchures de pommes de terre, que j'avale difficilement et que je n'aimerai jamais. Toujours au secret, nous n'avons pas le droit de correspondre ni de recevoir de colis.
Je ne vous ai rien dit sur notre moral. De ce côté-là, ça va admirablement bien. Dites bien à tout le monde que les amies dont les maris ont été fusillés ont supporté avec un très grand courage cette terrible épreuve et qu'elles sont en tous points dignes de ceux qui ne sont plus.
D'eux, je ne vous parle pas mais sachez seulement qu'ils sont morts en héros. Les souffrances mêmes ne nous ont en rien abattues notre foi et notre confiance sont très grandes. En elles, dans l'amour de notre pays et de notre Parti, nous puisons force de résister aux dures épreuves de l'emprisonnement, et nous sommes prêtes à tout.
Nous sommes ici quelque deux cents détenus, hommes et femmes, dont près de quatre-vingts rien que de notre affaire ; il n y a dans le fort que l'Allemands qui nous garde, une vingtaine environ, car ce n'est pas un fort destiné aux troupes d'occupation. il est transformé en camp de détenus politiques

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Pour ce qui est de la tendresse que Danielle manifestait à ses compagnes frappées par la mort de leur mari ajoutons ce témoignage émouvant de Hélène Bolleau-Callaire :
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Témoignage d'Hélène Bolleau - callaire |
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J'ai connu Danielle à Romainville. J'ai participé avec elle à notre réorganisation politique étant responsable de la 203 bis, chambre voisine de la sienne; nous avons toujours considéré Danielle comme une grande amie, mais aussi notre dirigeante.
Je revois encore avec quelle tendresse elle m’a dit la mort de papa et quel courage elle a montré à toutes ces veuves ou mères du 21 septembre 1942. Elle les connaissait toutes.

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Hélène Bolleau avait 18 ans en 1942. Apprentie coiffeuse, elle avait été arrêtée à Royan, avec son père, un facteur, qui était l'agent de liaison d'Octave Rabaté. Il fut fusillé. Elle, est revenue d’Auschwitz et a pu témoigner sa vie durant de l'horreur nazie.
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Les lettres de Danielle Casanova qui parviennent à l’extérieur du Fort de Romainville par des voies mystérieuses sont toutes empreintes d'un extraordinaire courage, d'un élan vital irrépressible, d'une confiance lucide en l'avenir. On songe aux vers de Victor Hugo:
« Ces femmes qu'on envoie aux lointaines bastilles
« Peuple, ce sont tes femmes, tes sœurs et tes filles,
« Leur crime, ô peuple, c'est de t'avoir aimé.
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Voici quelques lettres que Danielle a écrit de Romainville |
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Le 26 septembre, Danielle écrit:
(...) Nous ne sommes jamais tristes. La souffrance n'attriste pas elle donne des forces. Quand ils ont fusillé Georges, Félix, Arthur, nous avons connu la plus grande douleur qui soit. Le jour où nous aurons nos oppresseurs, ils paieront cher tout cela. Nous sommes au courant par les communiqués allemands des combats de l'Est. Les peuples de l'URSS sont sublimes, ils sont l'honneur de l'humanité.
Si le ventre est creux, toujours bon pied, bon œil. Vois-tu, ils peuvent nous tuer, mais de notre vivant, ils n'arriveront jamais à nous ravir la flamme qui réchauffe nos cœurs. Nous savons très bien que le combat est dur. Notre confiance repose sur la certitude raisonnée de la Victoire sans aucune impatience fébrile. Les jours sont proches où notre Patrie retrouvera son indépendance, où l'URSS vaincra. Nous sommes chaque jour avec vous.
Avec Maï, Maire-Claude et nos amies les Plus proches, nous ne nous lassons pas de parler de vous, de ceux qui, dehors, continuent le combat.

Exactement un mois plus tard, le 26 octobre, elle écrit:
(...) Pour traduire ma haine contre nos oppresseurs, j'ai fait un jour un court poème qui commençait ainsi..
« Avant eux, je savais ce que c'était qu'aimer.
« Maintenant, je connais ce que c'est que la haine.
Oui, mon cœur est rempli d'une haine inextinguible. Il me semble certain jour être arrivée aux confins de l'horreur. Sais-tu qu'ils ont, dimanche dernier, emmené quarante camarades. Sont- ils morts ou vivants encore? Déportés ou fusillés? Nul ne le sait ici, et leurs femmes - il y en a quatorze parmi nous - vivent depuis dans l'angoisse et le doute. Et il n y a rien de plus affreux que le doute.
Parmi eux sont Dorland, Delorme, Messager... Comme hommes de notre affaire, il n y a Plus ici que Cazenave, Lebon, Rabaté, Normand et Sabourou, des Charentes.
J'ai beaucoup maigri, mais alors ce qui s'appelle maigri. Pas de trace en ma mémoire d'avoir jamais eu une silhouette pareille, et juste au moment où il n y a personne pour apprécier mon élégance. Nous sommes ici mieux qu'à la Santé, et le grand air me fait un bien énorme. Après le cachot, j'avais eu une crise de foie et étais jaune comme un citron. Si les couleurs ne sont pas revenues, le teint s'est éclairci.
Cependant notre vie est organisée, nous avons quelques livres personnels datant de l'arrestation et qu'on ne nous a pas retirés. Je fais un peu d'histoire,j'apprends l'allemand, même l'espagnol, je joue... la comédie. Je ne chante cependant pas encore. Nous faisons des causeries, ce qui est très bien pour les amies qui m'entourent et pour moi-même, car cela nous empêche de nous rouiller. Que de fois, dans la journée, on peut serrer les poings! Être enfermées en plein combat cela c'est dur! C'est ce qu'il y a de Plus dur, la faim, les misères, les brimades, on les oublie vite un morceau de pain et l'on ne pense plus que l'on avait faim un instant avant et qu'on a des crampes le soir, dans son lit.
Nous sommes des privilégiés de vivre en Pleine maturité une époque aussi belle et grande. Avoir connu le Parti et l'Union Soviétique est un bonheur indicible. Dis bien à tous nos amis que je ne les oublie pas et que je leur suis reconnaissante de tout ce que j'ai appris auprès d'eux. Je les aime et je les vénère. Notre France sera libre et ce sera notre œuvre à tous.
Le 27 décembre 1942.
L'année 1942 a tenu en grande partie ses promesses. Nous n'avons pas encore la victoire, mais elle est maintenant entamée et proche. De bonnes nouvelles du front de l'Est sont venues jusqu'à nous. L'air est léger et l'espoir habite mon cœur " en fait, il y a élu domicile depuis toujours. Je connais la souffrance mais pas la tristesse, et je trouve la vie si grande et si belle.
Nous pouvons saluer 1943 d'un vibrant hip-hip-hurrah ! Oui, les jours à venir seront durs, très durs, mais ceux qui suivront seront magnifiques
De Romainville, 10 janvier 1943.
Je vous écris au lendemain de mon anniversaire, et vous trouverez dans mon colis-retour quelques cadeaux qui m'ont été offerts et que j'aimerais retrouver un jour. Les amies, toutes les amies ont été si gentilles pour moi. Celles de ma salle (203) ont réussi à faire entrer un beau bouquet de fleurs* qui m'a été remis sans que je me doute de rien, hier matin.
* fleurs en papier, parce que vous pensez bien qu'au fort de Romainville il n'y avait pas de fleurs fraiches.
Nous avons eu le soir un bon repas, et toutes les salles ont tenu soit à m'inviter à un bon goûter, soit à m'offrir quelque chose. J'ai été très émue par tant d'affection. Vous ne pouvez vous imaginer combien nous nous aimons et ce que nous sommes les unes pour les autres. Je ne pourrai j'amais oublier le geste de mes camarades qui m'ont bien fêté dans la joie de mon anniversaire, avec au cœur la plus grande des douleurs, car depuis quelques jours nous avons eu confirmation de l'exécution de trente-neuf autres détenus de notre affaire, emmenés le 21 septembre et fusillés comme otages. Il Y a parmi nous douze femmes qui ne retrouveront plus à la sortie leur mari qu'elles aimaient. C'est mardi que je leur ai appris la nouvelle. J'avais été avertie seulement pour deux d'entre elles " leurs familles nous laissent juges de leur dire ou non.
Pas un instant je n'ai hésité, car un même cœur bat dans nos poitrines, et l'atmosphère est si grande ici que, pour moi qui vit avec elles depuis tant de mois, il n'y avait pas d'hésitation possible. Je savais qu'elles seraient héroïques, et elles l'ont été. Nous avons vécu des heures déchirantes et sublimes.
Toutes ont compris qu'il n y avait plus d'espoir pour elles et que nos trente-neuf amis partis le 21 septembre étaient tombés au service de la France, en héros.

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Ses compagnes de captivité sont unanimes à reconnaître ses immenses qualités. Marie-Elisa Nordmann a raconté combien étaient intenses sa présence et son autorité morale. Elle était au courant des détails de l'existence de chacune. Elle participait aux émotions de toutes.
Elles n'étaient pas riches en livres. Leur seul ouvrage historique était une Histoire de France, de Jacques Bainville. L'exemplaire appartenait à Simone Sampaix ; il avait accompagné son père en prison et jusqu'à son exécution. C'était une source de renseignements contestables, mais qui leur fut cependant précieuse. Danielle, à l'aide de ce livre et grâce à ses souvenirs, avait cependant pu faire des schémas de conférences historiques. La première était sur la formation de la bourgeoisie. Elles se servaient de ses notes pour refaire la conférence dans les autres salles.
Il fallait marquer les grandes dates historiques. Pour le 11 novembre, Danielle leur fit passer la consigne et, à midi juste, à toutes les fenêtres du fort, face à Paris, hommes et femmes entonnèrent une puissante Marseillaise.
Le commandant du camp ne sut que mettre son casque et se promener dans la cour au pas de parade en les regardant rageusement.
A plusieurs reprises, un petit journal clandestin, écrit à la main, le "Patriote du fort de Romainville", fut mis en circulation. Danielle en était le principal rédacteur. On y trouvait une mise au point des principaux événements politiques, mais les problèmes du camp n'étaient pas oubliés. Ce journal avait pour objet principal d'informer et aussi celui de maintenir le courage de ceux et de celles auxquels il était destiné.
Sous prétexte d'une manifestation pour l'anniversaire de la Révolution de 1917, au cours de laquelle hommes et femmes avaient chanté pendant la promenade, un certain nombre d'hommes avaient été punis, privés de colis, de distribution de la Croix-Rouge et des quakers et isolés dans une casemate du fort. Danielle organisa la solidarité et, sous son impulsion, à tour de rôle, chacune des salles s'occupa, un jour déterminé, de confectionner avec les provisions apportées par les familles, un plat substantiel qu'on leur faisait parvenir au prix de mille difficultés. Elle-même se souvenait parfaitement de ce qu'on leur avait envoyé tel jour et quelle était la salle qui avait fourni la « ratatouille ».
Elle savait, par son entrain, son optimisme conscient, remonter le courage de celles dont le moral baissait. Elle apparaissait comme un guide aux 229 femmes qui devaient l'accompagner jusqu'en Haute-Silésie. Et elle était la première, dans les gares qu'elles traversaient, à entonner des chants de lutte..
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