Demi finale de la coupe de France de Football 1992

Bastia reçoit Marseille

Le 22 avril 1992, Bastia bat Nancy en 1/4 de finale de la coupe de France. A la surprise générale, le club Corse de seconde division est qualifié pour les demi finales. Le lendemain, c'est le tirage au sort : Bastia recevra Marseille.

Le 5 mai 1992 à Furiani !

C'est la liesse

Furiani rencontre Marseille avec la certitude d'arriver en finale ! L'ambiance est la la fête, on est tous là, ou presque. Un corse sur dix est venu au stade : on est arrivés de Bastia mais aussi de Balagne, du cap, di a Castagniccia, du continent, et les supporters d'Ajaccio, qui ont soutenu leur club jusqu'en quart de finale, se sont ralliés aux bastiais.

Le Stade de Furiani est comble : 18 000 spectateurs. Ce soir, c'est la fête ! la fête du football, mais surtout la fête pour tout le peuple corse.

Quelle fierté de jouer contre la meilleure équipe d'Europe ! Nous, club de seconde division !
Pas de doute on va gagner !

 

Equipe de Bastia du
5 mai 92


Valenconi

Bianconi, Triki, Soumah, Poggi
Salou, Di Fraya (cap.), Rzepka
Taberner, Mangione, Bourraka

Remplaçant : Burnier, Faye
Entraîneur. : Rene Exbrayat

En passant devant la fameuse tribune, on n'a pas songé au danger, on s'est dit naïvement qu'ainsi il y aurait plus de places pour les supporters, plus de monde pour acclamer notre équipe.

L'ambiance est à son comble. Du centre ville de Bastia, on entend la musique et nos chants corses. On lance des slogans hostiles en direction des supporters marseillais.
On crie et on chante à plein poumon !

On scande le nom des joueurs de Bastia. On se moque de notre compatriote, Pascal Olmetta, gardien de l'équipe de Marseille, qui devra arrêter nos buts.
On rêve d'une autre finale après celle victorieuse de 1981.

L'occasion est enfin belle ce soir pour tout le peuple corse d'aller caresser le ventre des étoiles. Parce que notre soirée est bleue, notre nuit sera blanche
Aghju purtatu a sirena !

Le ciel est impeccablement bleu et le soleil brille encore.
E bandere corse sont tendues comme des voiles.
Furiani est débordé par une marée montante bleue et blanche, l'enthousiasme et la passion sont au rendez-vous.

 
Personne n'a l'air inquiet autour de nous, on se reconnaît, s'interpelle :

ho dumé si venutu ancu tu?
ie so venutu !
avetetu vistu a ghjuliu ?
ié, hè quala ! canta forza Bastia ancu ellu !


Le speaker demande de ne pas taper des pieds !
Mais de quoi se mêle t-il celui là ? On est chez nous ! Sur notre stade ! et on va se faire entendre, et plus fort encore !
l'impatience règne, et les minutes sont éternelles.
Le match va être retransmis en direct sur TF1, dans quelques instants, dans quelques minutes, dans quelques secondes... !

20 h 20

un bruit assourdissant ! Suivi d'un grand silence ! Arrêtés la musique et les chants de chez nous !
Terminés les "hourra" et les cris de victoire !
Rejetés les fanions, les drapeaux, les écharpes.
De l'endroit où se trouvait la tribune nord, qui a disparue, aspirée, engloutie, ou soufflée comme par un grand vent venu de nulle part, sortent des cris, des hurlements, des pleurs.
Dans la panique, les gens courent dans tous les sens, hagards et hébétés.
La fête s'est terminée, comme dans un mauvais rêve, Puis, les sirènes des pompiers ! le pire est arrivé.

Doucement, la nuit étend son voile de deuil, sur Furiani, sur la Corse.

Ce devait être une soirée de fête, ce fut une nuit sans lune.
Et dans nos têtes raisonneront toujours les silences de ceux qui se sont tus.

Bilan de la catastrophe :
18 morts
plus de 2400 blessés