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Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, les corses (en général), ne considéraient pas le problème de la langue comme étant primordial :

- l'émigration massive, et l'ensemble de ses conséquences culturelles,
- la prolongation de la scolarité sans qu'il fut fait une seule place à la langue corse,
- l'irruption dans chaque foyer des médias audiovisuels parisiens,
- l'adoption par l'évêché d'une liturgie ignorant la langue du peuple,
- l'indifférence, sinon l'hostilité à la culture corse, de beaucoup d'organismes et de personnalités.
- Les répercutions psychologiques qu'eût le grossissement du flux touristique,

Le Corse, une langue non reconnue et une transmission exclusivement orale, victime d'une indifférence qui masqua à peine une forme de mépris, tant son handicap semblait impossible à compenser.

Tout cela fut lourd de conséquences !

Parler le français était synonyme de culture et d'intelligence, c'était aussi "un plus" dans la lutte contre la pauvreté. Et c'est ainsi que certains corses, culpabilisés, parlaient de moins en moins leur langue maternelle à leurs enfants.


Les chants traditionnels étaient devenus, pour ceux qui se "voulaient instruits", comme étant ringards, ruraux, passéiste et primitifs, comme si notre culture était vouée à une mort certaine et légitime. Les jeunes des villages qui les pratiquaient se faisaient discrets pour éviter les moqueries de leurs camarades de lycée.

Quand une langue meurt toute sa culture se meurt aussi, d'autant plus vrai que les polyphonies étaient transmises oralement, de génération en génération.

Dans cette atmosphère de rejet de mémoire, des hommes et des femmes, vont tout mettre en oeuvre pour préserver l'identité culturelle de la corse et notamment des chants traditionnels.

- Joséphine Poggi, fonde à Bastia en 1935 le groupe "i Macchiagoli"

- Le musicologue Felix Quilici, originaire de Bastia passionné du chant traditionnel, réalise entre 1948 et 1963 trois missions ethnographiques, on lui doit des enregistrements in situ de chants polyphoniques.

- Julie Zanni Burnonni, crée en 1951 " u cantu di cirnu"

- Victor Franceschini, dirige en 1951 le groupe "a sirinata aiaccina".

- L'instituteur Jacques Luciani, fonde le groupe "a manella" à Corté en 1959.

- Sous l'impulsion de Jean Paul poletti, se rassemblèrent spontanément tous ceux qui chantaient ; leur participation aboutira à la naissance du groupe au nom évident : "canta u populu corsu"

- A Tagliu Isolaccia, le menuisier, Ghjuliu Bernardini, n'est pas influencé par la vision péjorative des chants polyphoniques et il apprend à ses enfants (Jean François et Alain) ce qu'il a appris de son père. En janvier 1974, il compose "letter a fretellu", sa première diffusion sur les ondes de Radio France fut un événement qui marqua la renaissance des chants traditionnels.

- Petru Guelfucci fondateur avec Jean paul Poletti du groupe "Canta u populu Corsu"

- Ghjuvan Santu Rocchi, Ghjuvan Natale Vittori , Charles Folini , Lesiu Giacobbi , Charles Rocchi, Tintin Pasqualini, Antoine Ciosi, les frères Vincenti, Pierre Dieghi, Maryse Nicolai ,Régina et Bruno.

Dans les années 70 naît la revendication d'identité culturelle dont les causes sont multiples, et la sensibilisation de l'opinion publique d'éléments militants. S'ouvrent alors à la Corse des ondes régionales et de brèves émissions ; se constituent des groupes de chanteurs, de musiciens, d'acteurs soucieux de l'authenticité de leur répertoire, parmi eux se distingue : canta u populu corsu.
Une réhabilitation salutaire mais encore très partielle, et ô combien fragile, qui n'eut aucun moyen d'intervention et ne reçut aucune aide publique, c'est par la seule volonté de ces hommes là que purent enfin ressusciter les polyphonies.