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Le vendredi saint, Sartè s'apprête à commémorer avec la population oppressée, l’anniversaire de la plus abominable des exécutions : le chemin de croix de Jérusalem.
A 21 heures la vieille ville revit la passion du christ à travers la procession du catenacciu. Doucement la nuit tombe, les fenêtres s'illuminent de bougies, de lampes.
Les ombres lentes, s'acheminent vers la place.

Nous sommes place Porta, à Sartène, face à l'église Sainte-Marie, qui figure en l'occurrence le lieu du prétoire de Pilate où le Christ vient d'être jugé.

 

Les portes de l'édifice sacré s'ouvrent à deux battants, et la procession sort de l'église.
Le pénitent rouge (u catenacciu), les chaînes au pied, porte une lourde croix et s'appête à faire un parcours de 1,8km, figurant la montée du christ vers le golgotha. Il est suivi par un homme en blanc (simon de cyrène) et huit pénitents noirs interprétant les juifs, quatre d'entre eux soutiennent un dais noir sous lequel repose un Christ
gisant recouvert d'un linceul blanc, (celui qu'on a détaché de cette croix qui écrase l'Homme rouge).

Tous accomplissent le chemin de croix pieds nus. Ils sont entourés par les membres de la confrerie du santisimo sacremento qui forment une haie d' honneur, et de la foule des fidèles qui chantent sans interruption le vieux chant italien corsisant de pénitence: " Perdono, mio Dio ".

Quel pécher cet homme doit il se faire pardonner pour se charger ainsi de la grande croix ?

Quel sentiment pousse les pénitents noirs, cachés derrière leur cagoule, à porter pieds nus, le corps sans vie du fils de Dieu ?

La liste des volontaires du catenacciu est trés longue ! Pendant des années, il a attendu ce moment,
Il va penser à sa faute... mainte fois !

U catenacciu avance, drapé de sa tunique pourpre, le visage perdu sous la cagoule. Il avance avec une désespérante tristesse alourdi par les anneaux de sa chaîne et par le balancement d'une longue croix .Il avance encore et encore, l'épaule tuméfiée et meurtrie, humble !

Dans les ruelles lugubres du Vieux-Sartène, où la rude montée s'élève par gradins, la scène navrante du Golgotha se renouvelle : sueur d'agonie, chutes effrayantes du divin condamné, que le dernier supplice guette, enfin toutes les affres de ce suprême sacrifice.

Comme le Christ, u catenacciu doit chuter trois fois sur la route qui le mène au "Golgotha".

La première chute se fait devant l'oratoire Sainte-Anne, l'église paroissiale de Sartene du XVIIIe siécle. Toute la ville récite le " Notre Pere " et le " Je vous salue Marie "pendant que le pénitent reste couchè sur le sol. Sous le choc de ces impressions diverses, une immense pitié vous étreint le cœur et l'angoisse qui vous rend haletant creuse sur votre visage les contractions profondes de l'horreur.

La seconde chute s' effectue sur la place Porta, au pied de l'église Sainte-Marie. A mi-parcours, le catenacciu est soulagé de son fardeau par Simon de Cyrène, (le pénitent blanc), celui qui a aidé le Christ à porter sa croix.

Quel est donc ce pénitent ? nul ne connaît son nom , excepté le curé, On se dit que c'est un sombre pêcheur qui veut expier. Et il expie, il tombe et se relève sans aide avec son fardeau. Les pierres du chemin déchirent ses pieds. Il expie ! la croix massive est lourde et son extrémité creuse un sillon dans le sol.
La croix pèse toujours 50 kg et la chaîne 15 kg. Depuis 1955, celle-ci est attachée par un bracelet de cuir aux pieds du pénitent au lieu de la cordelette qui lui sciait les chairs.

Une nouvelle halte a lieu à l'intérieur de l'église Saint-Sébastien qui symbolise le Golgotha.
U catenacciu s'y recueille et prie agenouillé devant l'autel, au pied duquel se trouvent le Christ gisant et la statue de la Vierge en deuil, pleurant son fils mort. Sarténe n'est éclairée que par les flammes de chandelles qui scintillent à toutes les fenêtres.
Après la troisième et derniere chute, les pénitents rejoignent le parvis de l'église paroissiale. D’une voix émue et vibrante, un prédicateur remémore à l'assistance, pieusement massée, les étapes de la marche expiatoire du sublime crucifié. Ses accents, pleins d'émotions, font échos aux lamentations nocturnes de la place.

Puis tous regagnent l'église Sainte-Marie pour s' y recueillir.

La foule recueillie écoute le sermon, prie, chante le Perdono, mio Dio, perdono, pietà, appel grave et lancinant qui est repris en chœur par tous les Corses à la voix vibrante.
C'est alors seulement que u Catenacciù rentre dans l'église, dépose la croix sur le maître-autel et se recueille, entouré de tous les pénitents. Agenouillés ou couchés devant le maitre-autel, les pénitents
devront attendre que tous les pélerins aient baisè un à un le Christ gisant.

U catenacciu est reconduit au couvent, et beaucoup plus tard, dans la nuit, pour ne pas être reconnu, il regagnera son domicile, son village, son maquis, ou sa prison ...
Mais l'on parle encore de ce Rocchini, dernier bandit à avoir été condamné à mort à Sartène en 1888, cueilli deux ans plus tôt par les gendarmes, qui l'avaient laissé accomplir sa procession rédemptrice. De nos jours, l'anonymat est strictement respecté.

Cette tradition aurait été importée d'Espagne par les occupants aragonais, fondateurs de la ville de Sartène en 1419 la procession conduite par la confrérie de la Sainte-Croix se déroulait jadis le 14 septembre, jour où l'on honore particulièrement la croix du Christ. Mais depuis une centaine d'années, elle a eu lieu pendant la nuit du vendredi saint, son caractère n'a pas été altéré et l'itinéraire à travers la ville est demeuré le même.


Les sartenais ont à cœur de perpétuer u catenaccciu dans le plus grand respect de la tradition religieuse.

 

 


Copyright dépot numero 00035006 en date du 25.11.2003