
Marie et l'enfant jésus de la crèche vivante de Campile
(nord di a castagniccia)
Une nuit d'Orient presque chaude, les étoiles brillent et la lune est au quart.
Le village est en attente. Sur la place des gens venus d'ailleurs investissent les lieux, s'introduisent dans l'église faiblement éclairée, s'agitent autour de cette étable qui embaume le foin apporté la veille; un bât renversé attend le couffin de Jésus; l'étoile dorée confectionnée par des hommes se balance doucement; les feuilles d'arbousier luisent. La crèche, installée près du chœur, est en attente...
On demande alors à tous de ressortir, on ferme les portes de l'église, et on attend sur le parvis dans un silence étonné.
Voici que soudain, résonnent des pas d'âne et les coups réguliers d'un bâton qui scande la marche. Toutes les têtes se tendent vers ce noir de la nuit: un groupe étrange apparaît, une femme couverte d'un long voile blanc, montée sur un âne, un homme chemine à ses côtés, guidant la bête, un énorme bambou à la main.
À cet instant, Campile frissonne et ne vit que par ces pas. L'âne trottine, le couple s'avance. Les regards sont extatiques. L âne gravit les marches du parvis et le trio rentre dans l'église, pendant que, de toutes parts, surgissent dans la nuit, comme venus tout droit de notre passé, des villageois vêtus à l'ancienne.
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Le moment est poignant et un monsieur âgé murmure les yeux brillants de larmes:
«C'est le plus beau jour de ma vie, j'ai l'impression de revoir mes vieux.» |
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Les santons émus, avec un temps de retard, vont entrer dans l'église. Une femme toute menue chemine fièrement, una secchia en équilibre sur la tête. Ceux qui n'ont jamais connu cela sont fascinés... Une villageoise passe avec sa sporta lourde d'offrandes, une enfant avec sa cruche, une autre en fileuse avec sa quenouille.
Un bruissement d'étoffes. Un agneau noir qui bêle, une poule qui s'agite. Les hommes en costume de velours avec une ceinture rouge, chapeau à large bord, a pistoIa au côté, u fucile en bandoulière, les bergers avec leur cape ou leur veste de peau. Les gourdes pendent au flanc. Les cornes vont résonner plus tard. Les pêcheurs suivent, le filet sur l'épaule, ou le panier et la canne en main.
Et puis arrive le boulanger tout de blanc vêtu. Il a confectionné un pain de deux mètres de long bien doré et, avec son aide, il le porte sur une sorte de brancard de fortune.
Un bûcheron, son fagot sur l'épaule, s'approche, les chasseurs avec leur prise de la veille même, un lièvre et un perdreau en offrande... Ils sont soixante-dix santons. Ils se regardent avec émerveillement. Oui, il se passe quelque chose cette nuit-là, à Campile, quelque chose qui ressemble à la Transfiguration!
Qu'il est touchant le geste de Joseph aidant Marie à descendre de l'âne! Les voici humbles près du foin, en attente. Les petits enfants s'approchent et chantent d'une voix dévorée d'émotion: « Ils sont partis sur un ânon, Marie avait un ventre rond... »
La lumière s'éteint, le Magnificat résonne, puis l'Ange Gabriel monte en chaire et, seulement éclairé par un projecteur, annonce la venue de jésus.
Le « Divin Enfant» est entonné par la foule tandis que, dans le couffin posé sur le bât renversé, s'agite l'Enfant jésus que l'on vient de déposer: c'est le fils de celle qui joue Marie...
Les cloches sonnent pour annoncer la naissance et l'Ange Gabriel, petit enfant aux ailes palpitantes, traverse l'église et va au dehors chercher les bergers rassemblés autour du grand feu.
Au son des cornes, aux cris des bêtes, les bergers s'approchent en entonnant una paghjella presque dissonante, puis ils invitent les villageois à découvrir la merveille de la Nuit: « 0 ghjente! venite, venite... » Par groupe, par couple, ou seul, le petit monde paysan s'approche. Des chants s'élèvent: « Venite adoremu ». Une petite fileuse chante d'une voix vibrante « Dumane Natale ».
Les santons déposent leurs offrandes diverses, de la mandarine à la pomme rouge, de la farine de châtaigne au figatellu, du lièvre au faisan, des canistrelli au culombu, sans oublier le beau potiron...
Et les Rois Mages font leur entrée, somptueux dans leurs capes de velours, ils portent l'offrande odorante, encens, myrrhe véritable.
A la fin de la messe, le prêtre bénit les canistrelli en forme d'étoiles réalisés par le boulanger de Campile à partir d'un moule de fortune bricolé au village. Ils sont portés dans de grands paniers débordants, sur le parvis, pour que tous se servent. Puis tout le monde est accueilli autour du feu, un grand buffet retient les villageois et ils chanteront longtemps sous les étoiles... paghielle superbes et émouvantes. Une façon de prolonger Noël, de permettre aux solitaires de ne plus l'être et de rester sur la place, pour un réveillon plus chaleureux.
Texte de : Angèle josée Bresciani