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Coupe UEFA 1978


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Bastia - Ièna


Le match aller a lieu à Furiani le mercredi 1 mars 1978.

SEC Bastia : Hiard - Marchionni, Orlanducci, Guesdon, Cazes –Lacuesta, Franceschetti, Papi – Larios, Krimau (puis Felix 67e), Mariot (puis De Zerbi 67e). Entraineur : Cahuzac

 

C. Z. Iéna : Zimmer - Brauer, Overmann (puis Schroeder 50e), Weise, Kurbjuweit – Schnuphase, Noack (puis Krause 34e) – Sengewald - Toepfer, Raab, Neuber. Entraineur : Meyer

 

Le stade Armand Cesari, à Furiani, c'est un peu Fort Alamo ; Davy Crockett, c'est Papi ; les trappeurs, ce sont les Bleus de Bastia. Et cette fois-ci, l'armée mexicaine c'était la cavalerie lourde du Carl Zeiss Iéna. Avec une grande différence dans le scénario : par cette fraîche soirée de mars, ce sont les trappeurs qui ont fait voler en éclat les assaillants adverses.

Dès seize heures. les jeunes supporters de Bastia, avaient envahi les vétustes tribunes de la forteresse avec un déploiement irréel de drapeaux, s'époumonant à loisir entre deux nuages de fumée dûs à une cuisson intense de figatelli aux alentours du stade, le tout ponctué par les coups de sirène d'encouragement du conducteur de l'autorail qui déposait régulièrement de nouveaux inconditionnels des lions de Furiani aux portes du paradis.

Une volée de pétards avait accueilli le premier tour de reconnaissance du terrain des Allemands de l'Est qui regardaient d'un œil incrédule ces enceintes d'une autre époque, inquiets cependant du sort qu'avaient subi ici les : Sporting de Lisbonne, Newcastle et Torino.

Les propos mesurés d'avant-match de l'entraîneur Hans Meyer étaient là pour en témoigner. Il redoutait le rajeunissement et donc l'inexpérience internationale de ce qu'il appelait son jardin d'enfants. Il aurait aussi souhaité la présence de sa vedette, Vogel, suspendu, pour calmer le jeu.
Et lui qui envisageait, avant la rencontre, un possible match nul, reconnaissait, quatre vingt-dix minutes plus tard, la totale supériorité des Bleus de Bastia qui, exploit rarissime à ce stade de la compétition, avaient frappé par sept fois ses poulains.

C'est Larios qui avait ouvert le feu d'artifice (3ème minute), puis Papi (41ème minute), Mariot (57ème minute), Felix par deux fois (70ème et 77ème minute), Cazes (80ème minute) et Franceschetti (87ème minute) avaient, tour à tour, corsé (sans jeu de mot) l'addition.
Seul l'avant-centre Raab était parvenu, à deux reprises (61ème et 74ème minute), à sauter plus haut qu'Orlanducci et Hiard pour réduire un peu un score qui a très certainement retenti comme un coup de tonnerre dans le ciel du football européen.


Un match fou, fou qui bascula de façon définitive en faveur des Corses avec l'entrée en jeu de De Zerbi et de Fanfan Félix. Le premier fit tourner la tête de Brauer, le second enfonça Weise et perfora la défense allemande. Car c'est ça le grand secret des Bastiais : pouvoir aligner seize ou dix-sept joueurs de niveau semblable, donnant un autre sens au mot remplaçant.

 

Il faut dire aussi que la forme affichée ce soir-là par les Corses leur aurait permis de dynamiter n'importe quelle équipe même si le gardien allemand Zimmer n'est pas à l'abri de tout reproche. Dans une équipe à féliciter en bloc, on remarqua plus particulièrement Guesdon, libero d'autorité, Cazes, impitoyable sur l'homme et offensif quand il le faut, Lacuesta, peut-être le plus doué techniquement de tous, Papi, à la fois remiseur et marqueur, Larios, technique et physique à la fois et Félix, au jeu de tête redoutablement efficace.

Dans les vestiaires, paradoxalement, les joueurs de Bastia considéraient que le onze de Iéna avait été l'adversaire le plus technique et le plus physique de ceux qu'ils avaient rencontrés cette saison en Coupe d'Europe. Larios, qui avait du sortir quelques minutes du jeu, montrait d'ailleurs à qui voulait les traces sur ses jambes de ses affrontements avec Noack puis avec Krause.

Tous s'attendaient d'ailleurs à une réaction d'orgueil des hommes de Weise, au match retour qui auraient le cœur d'effacer l'affront de Furiani. Pratiquement assurés de leur qualification pour les demi-finales, c'était peut-être leur match le plus difficile qu'ils auraient à livrer dans quinze jours puisque cette fois-là, ce serait bien plus la manière que le résultat qui serait jugé. Mais ce que le commando corse avait pu réaliser à Lisbonne, Newcastle et Turin, pourquoi ne le réussirait-il pas dans cette nouvelle bataille d'Iéna?